Paris Normandie

 

Michel de Decker, la Normandie dans les veines

Auteurs de Normandie. Il est un historien pointu et un conteur hors pair de la région : rencontre avec Michel de Decker, normand de toujours et intervenant de choix sur le plateau de Stéphane Bern, dans sa maison euroise.

Michel de Decker, la Normandie dans les veines
Passionné par la région et son brassage de civilisations, Michel de Decker l’admet volontiers : « La Normandie m’est indispensable ! »

C’est un homme délicieux, à la politesse pouvant paraître - hélas - surannée, qui ouvre la porte de sa paisible demeure à Notre-Dame-de-l’Isle, dans l’Eure. Michel de Decker a la poignée de main franche, l’accueil chaleureux et le verbe sympathique. L’historien est à l’image de ses chroniques : simple mais pas simpliste, accessible et pas démago. Ça fait un peu crème dans le dos, d’accord ; mais s’il doit avoir ses jours sans, comme tout le monde, Michel de Decker n’en fait pas montre.

 

Dès le jardin, sa maison respire l’histoire. Un pied de glycine y prend ses aises. « Mon ami Alain Baraton, responsable du jardin de Versailles, estime qu’il a au moins trois siècles. Cette glycine a connu Louis XIV», s’étonne-t-il. Dans son espace de travail, des livres, des livres, encore des livres.

 

« VOUS RENDEZ L’HISTOIRE CONTAGIEUSE »

 

Un bureau d’apparat, encadré à nouveau d’une grande bibliothèque abritant des ouvrages sans âge, ne sert « que pour les enregistrements télévisés, quand je n’ai pas le temps d’aller à Paris », indique le Normand de presque toujours installé dans un bureau plus personnel. Sa cavalier king charles y fait la sieste. D’autres bibliothèques occupent quasiment tous les pans de murs. « Je dois avoir 8 000 livres, une vraie bibliothèque communale », s’amuse Michel de Decker. Peut-être a-t-il encore dans un coin les Alexandre Dumas qu’il a remporté enfant : « J’étais en CM2. À la fin de l’année, j’ai décroché tous les prix et j’ai eu la collection complète de l’auteur. J’ai passé l’été à les lire, les prêtant volontiers aux copains et demandant l’aide de mon père pour comprendre les mots compliqués que je ne saisissais pas dans « Le Comte de Monte- Cristo ». 

 

Les livres, toujours les livres. Quand il n’escalade pas la bibliothèque de son père, qui s’est promenée à Tillières-sur-Avre et à Vernon, pour y lire les ouvrages sur la vie secrète des rois et reines pas forcément de son âge, il va au collège où « j’avais l’impression de vivre « Le Grand Meaulnes » tous les jours », rigole-t-il.

 

Marié jeune, un peu d’argent en banque, il s’achète une petite maison, pige un peu sur l’histoire régionale locale, notamment pour Paris-Normandie. « La Normandie, c’était ma danseuse. C’est devenu un corps de ballet », glisse-t-il, avec un joli sens de la formule. Professeur d’histoire (logique), il crée un jeu de société pour rendre l’apprentissage ludique. Lors d’un salon, un homme démarre une partie et trouve ça fort intéressant. Le joueur s’appelle André Castelot. Entre le jeune homme de 25 ans et l’historien réputé de 62 ans qui vivait à Port-Mort (Eure), c’est le début d’une longue et solide amitié. Castelot lui ouvre les portes de France Inter, l’encourage à écrire. « Pour moi, tout était déjà écrit. Puis, à force de passer devant le château de Bizy, j’ai pensé à la princesse de Lamballe dont on ne connaissait que la mort. Mais qu’elle était sa vie ? »

 

La suite, il la raconte avec luxe de détails. Comme cette rencontre avec le Comte de Paris à Chantilly au cours d’un petit-déjeuner : « On m’avait dit, à mon arrivée : « Monseigneur trempe. » Je m’attendais à ce qu’il soit dans son bain ! Mais non, cela voulait dire qu’il faisait des mouillettes avec son croissant et que j’étais donc autorisé à faire de même. » Ces détails amusants fixent les histoires. C’est, comme pour ses modèles, un leitmotiv : « Faire que l’histoire soit accessible à tous. Stéphane Bern m’a fait un jour ce compliment : « Vous rendez l’histoire contagieuse ». »

 

Avec l’animateur, il travaille sur l’émission Secrets d’histoire. Il continue aussi ses chroniques sur France Bleu. Et écrit, encore et toujours. Deux nouveaux ouvrages vont rejoindre les trente-quatre déjà parus. Un sur Sacha Guitry - dont il dévoile le titre amusant Quatre mariages et un entêtement et qui s’annonce très riche et documenté - un nouvel opus sur son éternelle Normandie, source inépuisable d’inspiration. Toujours à l’affût à 67 ans, il arpente la région par le chemin des écoliers afin de dénicher de nouvelles anecdotes qui éclairent la grande histoire. L’histoire ne s’arrête jamais.

 

ANTHONY QUINDROIT